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Psychédélique · 1 142 rapports Erowid

LSD

LSDEgo death

Effets connus

Psychédélique classique semi-synthétique au profil hautement polypharmacologique (5-HT2A et de nombreux autres récepteurs). Expérience longue à forte profondeur biographique : perceptions altérées, pensée non linéaire, dissolution possible de l’ego.

Planche La Honda.

Tolérance

Tolérance rapide, presque totale après quelques jours d'usage répété, qui se remet à zéro en deux semaines environ. Tolérance croisée avec les autres psychédéliques 5-HT2A (psilocybine, mescaline).

Mélanges contre-indiqués

Lithium et tramadol : risque de convulsions, à proscrire. Les IMAO modifient l'effet de façon imprévisible. Prudence avec les stimulants (tension cardiovasculaire, anxiété) et le cannabis, qui peut déstabiliser le trip.

Risques majeurs, liste non exhaustive ; en cas de doute, vérifier sur une ressource de réduction des risques.

Durée

Voie : orale · montée ~30 min · pic ~2 h · durée ~10 h
02 h4 h6 h8 h10 hintensité

Ordres de grandeur indicatifs ; ils varient avec la dose, la voie et la personne.

Notes La Honda

Rapports Erowid (1 142)

Échantillon des 50 plus récents sur 1 142. © Erowid Center.

Concepts liés

Synthèse

Le LSD (diéthylamide de l'acide lysergique) est un psychédélique classique semi-synthétique, dérivé de l'acide lysergique issu des alcaloïdes de l'ergot de seigle (Claviceps purpurea). Il se distingue par une pharmacologie hautement polypharmacologique, une durée prolongée et une forte profondeur biographique. Synthétisé par Albert Hofmann en 1938, ses propriétés psychédéliques sont découvertes en 1943 (le Bicycle Day).

Pharmacologie

Le LSD agit comme agoniste partiel polypharmacologique. Son affinité est élevée pour le récepteur 5-HT2A, qui est le coeur de l'effet psychédélique, mais aussi pour 5-HT2B, 5-HT2C, 5-HT1A, 5-HT6 et 5-HT7, ainsi que pour les récepteurs dopaminergiques D1 et D2 et les récepteurs alpha-adrénergiques.

Chaque cible contribue à un aspect du profil : le 5-HT1A module la composante anxieuse et affective, l'activité dopaminergique D1/D2 sous-tend une composante tardive, et l'action alpha-adrénergique explique une vasoconstriction et une tachycardie modérées.

Une particularité structurale rend compte de la durée inhabituelle de l'effet : le LSD reste piégé dans le récepteur par fermeture de la boucle extracellulaire EL2 (mécanisme montré sur le 5-HT2B par Wacker et al., 2017, et confirmé sur le 5-HT2A par Kim et al., 2020). Ce phénomène explique 8 à 12 heures d'effet malgré une demi-vie plasmatique d'environ 3 heures seulement.

Mécanismes

Le LSD réduit la cohérence du réseau du mode par défaut (DMN) et augmente la connectivité globale ainsi que l'entropie cérébrale. Le filtrage diminue au profit de l'intégration : le cerveau devient plus flexible, plus associatif et plus imprévisible.

Ce profil est interprété dans le cadre théorique REBUS / Anarchic Brain (Carhart-Harris et Friston, 2019). La désintégration du DMN corrèle avec l'intensité subjective de la dissolution du moi. Les travaux de Lebedev (2015, sous psilocybine) et de Tagliazucchi (2016, sous LSD) ont documenté cette corrélation entre désintégration des réseaux et dissolution subjective du moi. Des données plus récentes situent le LSD parmi les psychoplastogènes, via les voies TrkB, BDNF et mTOR.

Phénoménologie

Les effets subjectifs rapportés incluent de vives altérations sensorielles et des synesthésies, une imagerie mentale très riche et des visions complexes, des idées profondes et de nouvelles perspectives, ainsi qu'un accès marqué au matériel biographique (souvenirs, schémas relationnels, traumas). La pensée devient non linéaire et associative.

La dissolution du moi et le sentiment d'unité sont possibles, mais ils restent dose-dépendants et apparaissent surtout aux doses fortes ou héroïques. L'altération du temps (dilatation, distorsion) est courante, de même qu'une plasticité cognitive et une possible restructuration narrative.

Le LSD occupe une position singulière, combinant polypharmacologie, durée prolongée et cinétique unique. Au-delà d'environ 200 µg, l'expérience devient souvent qualitativement autre, et plus seulement plus intense. À dose héroïque (500 à 1000 µg et plus) peuvent apparaître une dissolution narrative, un choc ontologique et des structures phénoménologiques absentes à plus faible dose. C'est aussi l'un des outils les plus exigeants de la psychothérapie psychédélique classique.

Durée et tolérance

L'effet débute en 30 à 90 minutes, culmine entre 2 et 6 heures, pour une durée totale de 8 à 12 heures (parfois jusqu'à 14 heures). La tolérance s'installe rapidement, par désensibilisation des récepteurs 5-HT2A en quelques heures, avec une tolérance croisée avec la psilocybine, la mescaline, les composés 2C-x et partiellement le DMT. Le retour proche du niveau basal demande environ deux semaines. Le microdosage (5 à 20 µg) est une pratique répandue, mais les données contrôlées restent mitigées.

Réduction des risques

Le LSD ne présente pas de potentiel addictif documenté, mais l'expérience est puissante, longue et hautement dépendante du contexte. Les antécédents personnels ou familiaux de schizophrénie ou de bipolarité de type I sont une contre-indication. Des interactions sont documentées : risque convulsif avec le lithium et le tramadol, potentialisation imprévisible avec les IMAO, atténuation possible des effets avec les ISRS et les neuroleptiques. Un HPPD (trouble de la perception persistant) est rare mais réel, et une HTA ou une tachycardie modérées sont possibles. Compte tenu de la durée de 8 à 12 heures ou plus, le set et le setting ne sont pas négociables.

Le LSD n'a pas de parfums

Un ami se voit proposer trois LSD : le premier très visuel, le deuxième lumineux, amour de soi, le troisième sans promesse particulière. Trois parfums, comme au comptoir d'un glacier. Le LSD est le LSD. Point. Il n'existe pas en variétés, et un nom de lot n'est pas une information : c'est du marketing de dealer. Ce qui varie réellement d'un buvard à l'autre : la dose, la pureté, et parfois la molécule elle-même. Le reste est du vent.

Ou pire que du vent. Ce marketing revient sans cesse, et il n'a rien d'inoffensif : le buvard spécial est le déguisement classique des molécules de synthèse vendues comme du LSD, NBOMe en tête, actives à des fractions de milligramme, autrement plus toxiques, avec des décès documentés. Face à ces pratiques, aucune indulgence : une étiquette ne se discute pas, elle se teste (Ehrlich d'abord, et if it's bitter, it's a spitter : le LSD est insipide). Voir Molécules de synthèse et Rapport aux substances.

Lucy is a harsh mistress, dit l'adage, en écho au titre de Heinlein ; on le croise aussi au masculin, the harsh master, le maître sévère qu'on oppose à la pédagogie réputée plus douce des psilocybes. Douze heures sans sortie de secours ne pardonnent pas la désinvolture : raison de plus pour savoir exactement ce qu'on tient.

Sources

  • Wacker et al. (2017), structure cristallographique du complexe LSD / 5-HT2B (récepteur apparenté au 5-HT2A) et fermeture de la boucle EL2 ; la première structure LSD / 5-HT2A est Kim et al. (2020)
  • Carhart-Harris et Friston (2019), modèle REBUS / Anarchic Brain
  • Lebedev et al. (2015), désintégration des réseaux et dissolution de l'ego (étude sur la psilocybine)
  • Tagliazucchi et al. (2016), connectivité cérébrale sous LSD
  • Travaux sur la psychoplastogénèse psychédélique (voies TrkB / BDNF / mTOR)
  • Albert Hofmann, découverte du LSD (1938 et 1943)