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Cartographie des seuils sous N,N-DMT

Cinq seuils, du DMN à l'effondrement unitif

Des régimes qualitativement distincts, non une simple montée dose-dépendante, avec une bifurcation décisive entre le territoire peuplé d'entités et la dissolution sans observateur. La planche les détaille colonne par colonne.

Planche La Honda.

Substances concernées

Notes La Honda

Synthèse

Les cinq seuils

Seuil 1 - Relâchement du DMN. Le DMN ne devient pas plus plastique, pas à la façon du LSD : ici, plus de données sensorielles remontent, les priors descendants se desserrent. Le monde devient chargé de quelque chose de plus et qui est difficile à définir complètement. La vision est plus aiguisée, la musique respire, les textures habitent.

Seuil 2 - Le DMN lâche. Les systèmes perceptuels tombent. Quelque chose se passe. Le réel devient plastique, alien, il fond et reconfigure. L'ego est démantelé.

Seuil 3 - Les rencontres avec des entités deviennent probables. C'est le seuil du breakthrough : présences défiant les lois jusque-là solides, regards, silhouettes, communication encore allusive.

Seuil 4 - Breakthrough. Rencontres avec des entités quasi certaines. Ce n'est plus un monde déformé, c'est un autre monde qui ouvre. Les entités y habitent. L'ego et le réel, eux, deviennent l'anomalie. L'expérience est ici absolument alien au monde des Hommes.

Seuil 5 - À très hautes doses, ou parfois fortuitement à dose moyenne quand le système bascule - converge vers quelques traits stables : disparition des entités (elles se dissolvent dans quelque chose de moins individualisé, ou n'apparaissent jamais), effondrement de la spatialité, même non-euclidienne, disparition de l'observateur résiduel (au seuil 4 il reste presque toujours un témoin ténu ; ici, plus personne pour noter que le moi a disparu), ce que les rapports tentent maladroitement de nommer comme un infini ontologique plutôt que spatial. Une existence sans catégorie, sans distinction sujet-objet, sans contenu. Strassman oppose explicitement cet état unitif au monde du DMT qu'il qualifie d'interactif, et le sépare des rencontres d'entités jusque dans la structure de son livre ; il rapporte que ces états ont été très rares dans ses essais, un volontaire sur près de soixante. Shanon consacre à la lumière un chapitre entier de The Antipodes of the Mind, où il décrit, aux inébriations les plus fortes, l'effacement de la frontière entre conscience individuelle et conscience divine. Michael, Luke et Robinson (2021) relèvent, sur 36 comptes rendus de breakthrough, deux récits sans aucune rencontre, six décrivant des présences sans imagerie et cinq une omniprésence plutôt que des êtres définis.

À ce point, l'expérience du N,N-DMT converge avec celle du 5-MeO-DMT : disparition de la forme, dissolution unitive, absence d'entités, pure non-dualité. Certains usagers expérimentés rapportent des breakthroughs très profonds, très longs, riches d'entités, sans jamais basculer vers ce territoire unitif. D'autres y basculent à des doses modestes. Il ne s'agit peut-être ici pas tant de profondeur, que de trajectoires neurodynamiques alternatives.

Sources

  • Carhart-Harris et Friston (2019), modèle REBUS et cerveau anarchique.
  • Timmermann et collaborateurs, signatures EEG et phénoménologie du DMT (2019, 2023).
  • Strassman (2001), recherche sur le N,N-DMT et les entités.
  • Benny Shanon, The Antipodes of the Mind: Charting the Phenomenology of the Ayahuasca Experience, Oxford University Press, 2002 (lien à confirmer).
  • Michael, Luke et Robinson (2021), 36 comptes rendus de breakthrough à dose contrôlée.
  • Travaux sur la theory of mind et l'attribution d'agentivité (TPJ, cortex préfrontal médian, précunéus).
  • Littérature sur l'entropie cérébrale, le DMN et la phénoménologie psychédélique.