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Cartographie des seuils sous N,N-DMT

Trajectoires neurodynamiques, phénoménologiques et statut épistémique

Tableau détaillant les cinq seuils du breakthrough sous N,N-DMT en quatre colonnes : phénoménologie, mécanisme neurodynamique, position dans le cadre bayésien et statut épistémique. Les seuils sont qualitativement distincts, non une simple montée dose-dépendante.

Planche La Honda.

Substances concernées

Notes La Honda

Synthèse

La cartographie des seuils sous N,N-DMT décrit les trajectoires neurodynamiques, la phénoménologie modale et le statut épistémique de l'expérience. La planche pose que le breakthrough n'est pas un évènement unifié dont l'intensité serait une fonction monotone de la dose : la phénoménologie réelle distingue cinq seuils qualitativement distincts, avec bifurcation modale décisive entre le seuil 4 (territoire peuplé d'entités) et le seuil 5 (effondrement unitaire sans observateur). Ces trajectoires neurodynamiques peuvent diverger à partir d'un point de départ quasiment équivalent.

La fiche est organisée en quatre colonnes, lues pour chacun des cinq niveaux : phénoménologie, mécanisme neurodynamique, position dans le cadre bayésien, statut épistémique.

Niveau 1 : relâchement du DMN

Phénoménologie : vision aiguisée, texture exacerbée, mais sans rupture du soi, le monde reste ordinaire mais chargé. Le DMN ne devient pas plus complexe sous certains régimes mais relâche ses couches les plus abstraites : il desserre, et davantage de données sensorielles remontent. Côté bayésien, le poids des priors de haut niveau diminue, mais le signal sensoriel reste ancré. Le statut épistémique est solide : mécanismes proposés cohérents avec les données actuelles (DMN, entropie, connectivité), modèle robuste mais non détaillé.

Niveau 2 : le DMN lâche

Phénoménologie : les systèmes perceptifs tombent, l'identité chancelle (pas de pas, le soi devient plastique, alien, il fond et recompose). Mécanisme : effondrement de la cohérence du DMN, désintégration rapide des modèles perceptifs habituels, fragmentation marquée de l'inférence cérébrale. Côté bayésien : les priors descendants de haut niveau perdent leur précision, le contenu se met à émerger, ce qui était stable devient instable. Statut : fermement soutenu pour la plupart des étapes (entropie, intégration, désintégration du DMN, hyperconnexion), interprétation lisible mais non univoque.

Niveau 3 : apparition des entités

Phénoménologie : présences allusives, regards, silhouettes, communication amorcée. Une qualité chose fluide, ou pas tout à fait, mais déjà phénoménalement construite, vécue. Mécanisme : hyperactivation des masses de cognition sociale (TPJ, cortex préfrontal médian, précunéus), génération autonome d'agents, salience accrue, attribution d'autrui à soi. Côté bayésien : l'erreur de prédiction explose, le cerveau cherche la cause plausible aux entrées internes massivement reconfigurées. Les structures de theory of mind, encore fonctionnelles, encadrent un format d'interprétation parmi d'autres. Statut : hypothèse d'attribution d'agentivité endogène bien étayée par les sciences cognitives, interprétation plausible mais non exclusive.

Niveau 4 : breakthrough (territoire peuplé d'entités)

Phénoménologie : rencontres avec des entités quasi certaines, le monde devient autre, cohérent, autonome (l'ordinaire devient l'anomalie). Mécanisme : reconfiguration globale, le système se stabilise dans une autre organisation attractrice, l'espace phénoménologique est devenu cohérent, autonome, avec ses propres règles internes. L'hyperconnectivité inter-réseaux décomplexifie une trame stable. Côté bayésien : le prior est entièrement reconstruit, de nouveaux priors constituent un modèle génératif que le sujet habite, le cerveau n'est plus dans une erreur de modèle, c'est l'autre stabilité de modèle. Statut : phénoménologie reportée de manière convergente par des milliers de témoins, expérience vécue comme réelle mais interprétation du statut des entités ouverte.

Niveau 5 : effondrement unitaire (sans observateur)

Phénoménologie : disparition des entités et structure (l'observateur lui-même s'effondre, plus de soi, plus d'objet, plus de scène, plus de temps, plus d'entités, plus de séparation, unité, vacuité, sans horizon, sans temps). Mécanisme : désintégration complète des modèles et du soi et d'autrui. Absence à l'objet du modèle. État de cohérence maximale sans structure ni sujet, le sujet et l'objet n'existent plus, dissolution complète centrale subjective pour produire l'état unitaire (convergence partielle avec le 5-MeO-DMT). Côté bayésien : absence de l'observateur supérieure, le modèle s'effondre lui-même sans cible et il n'y a plus de système (il n'y a plus d'inférence puisque plus de sujet, plus de modèle). Statut : phénoménologie reportée mais difficilement communicable, statut épistémique fragile, l'absence de retour témoignable limite l'expérience modale par retour.

Principes transversaux

La planche dégage trois principes communs. La bifurcation modale décisive : les seuils ne sont pas un escalier d'intensité, mais des régimes qualitativement distincts, avec un point de bifurcation entre l'effondrement peuplé (niveau 4) et l'effondrement unitaire (niveau 5). La neuroplasticité bivalente : la même neuroplasticité produit des régimes phénoménologiques radicalement différents selon la trajectoire suivie, ce qui fragilise toute prédiction depuis la dose. Le dual de convergence : la convergence inter-sujets contraint les modèles, sans pour autant trancher entre une réalité externe et des structures cognitives stables.

Statut épistémique global

Le cadre explicatif est jugé robuste et cohérent avec les données actuelles, modèle parmi d'autres. La cartographie décrit des phénoménologies vécues convergentes, pas des vérités ontologiques établies.

Sources

  • Carhart-Harris et Friston (2019), modèle REBUS et cerveau anarchique.
  • Timmermann et collaborateurs, signatures EEG et phénoménologie du DMT (2019, 2023).
  • Strassman (2001), recherche sur le N,N-DMT et les entités.
  • Travaux sur la theory of mind et l'attribution d'agentivité (TPJ, cortex préfrontal médian, précunéus).
  • Littérature sur l'entropie cérébrale, le DMN et la phénoménologie psychédélique.