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Déliriant · 224 rapports Erowid

Muscade

En bref

Épice contenant de la myristicine. À forte dose, effet délirant lent et très long (un jour ou plus), avec malaise corporel marqué. Généralement désagréable.

Tolérance

Tolérance sans objet : montée lente, gueule de bois longue et désagréable, peu de gens recommencent. Risque anticholinergique à forte dose.

Mélanges contre-indiqués

Éviter d'associer à d'autres anticholinergiques et aux dépresseurs. L'effet est déjà long et désagréable ; les mélanges aggravent le malaise et la tachycardie.

Risques majeurs, liste non exhaustive ; en cas de doute, vérifier sur une ressource de réduction des risques.

Durée

Voie : orale · montée ~3 h · pic ~6 h · durée ~24 h
06 h12 h18 h24 hintensité

Ordres de grandeur indicatifs ; ils varient avec la dose, la voie et la personne.

Notes La Honda

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Rapports Erowid (224)

Échantillon des 50 plus récents sur 224. © Erowid Center.

Synthèse

La muscade est la graine de Myristica fragrans, l'épice du placard, et c'est le seul objet de ce wiki qui se trouve dans toutes les cuisines, sans emballage de sécurité et sans aucun contrôle de teneur. La muscade n'a pas de fenêtre : la dose qui produit l'effet cherché et la dose qui rend malade sont le même intervalle, et l'écart entre deux pots du même rayon est plus grand que l'écart entre rien et l'hôpital. Ce fait, qui commande toute la réduction des risques, ne demande aucun mécanisme, et c'est heureux, car sa littérature a une forme qu'il faut annoncer : elle est épaisse en toxicologie descriptive et quasi vide en pharmacologie. On sait avec une certaine précision ce qui arrive aux gens qui en avalent, et on ne sait pas pourquoi.

Ce que la littérature a mesuré, et ce qu'elle n'a jamais mesuré

Le corpus clinique est réel : cinq séries de centres antipoison, Suisse 236 cas, Californie 119, Illinois 32, Marseille 22, Erfurt 7, soit 416 expositions documentées, sans un seul décès et sans un seul effet majeur. La série de Marseille, la seule française, n'a pas pu être lue et ses 22 cas ne comptent ici que comme dénominateur. À côté de cela, rien : pharmacocinétique humaine, imagerie, tolérance, les trois manquent en entier, et le seul essai contrôlé chez l'humain, Beattie 1968, a un résultat négatif et une dose administrée inconnue, ce qui l'empêche de peser dans un sens comme dans l'autre. Le Programme national de toxicologie américain écrit lui-même qu'il n'existe pas d'étude toxicocinétique complète de la myristicine. Toute la PK humaine mesurée disponible tient en un chiffre : myristicine sanguine 2 µg/mL à huit heures, chez un patient, sur un prélèvement, après 14 à 21 g de poudre.

Action neurochimique : le principe actif n'est pas identifié

La molécule que tout le monde nomme, la myristicine, ne porte aucun des rares signaux réellement mesurés. Ni pour elle ni pour l'élémicine il n'existe la moindre constante de liaison publiée sur un récepteur monoaminergique ou muscarinique. Ce qui existe se trouve ailleurs, dans les lignanes de la graine. La macélignane, isolée de M. fragrans, inhibe l'acétylcholinestérase, IC50 4,16 µM, et la monoamine oxydase de type B, IC50 7,42 µM. Des fractions de l'extrait inhibent la FAAH et la MAGL, les enzymes qui dégradent les endocannabinoïdes, à des concentrations de l'ordre de 11 à 21 µg/mL, et sur composés purifiés ce sont encore des lignanes, licarine A et 5'-méthoxylicarine A, qui portent l'activité. Rien ne démontre que ces concentrations soient atteintes dans un cerveau humain après une cuillerée, et c'est la réserve qui prime sur tout le reste.

Un criblage de deux fractions brutes sur un panel de récepteurs du système nerveux central n'a rien trouvé, mais ce résultat porte moins loin qu'il n'y paraît : ce sont des mélanges testés à 10 µg/mL, jamais un composé purifié, et la liste exacte des récepteurs du panel reste inconnue, le texte intégral n'ayant pas pu être lu. Il dit qu'un extrait brut ne se lie à rien de significatif dans ces conditions, pas que la muscade n'a pas de cible.

Le mot anticholinergique est un raccourci descriptif, pas un mécanisme. Les sources cliniques écrivent que le tableau ressemble à un épisode anticholinergique, qu'il en imite une partie, qu'il est de type anticholinergique. Pas une donnée de liaison muscarinique n'a jamais été publiée, pour aucun composé de la muscade, et un composé de la muscade inhibe l'acétylcholinestérase, ce qui est l'opposé pharmacologique d'un antimuscarinique. Les descriptions les plus détaillées parlent d'un mélange anticholinergique et sympathomimétique, voire sérotoninergique et anticholinergique. Le monographe de l'OMS liste le myosis au même titre que la mydriase et précise que les signes peuvent se contredire selon le temps écoulé. Conséquence pour ce wiki : le classement délirant ne repose sur aucune donnée réceptorielle et doit être tenu pour conventionnel.

Deux affirmations qui circulent et qu'il faut cesser de recopier

La muscade ne se métabolise pas en amphétamines. L'hypothèse vient de Shulgin en 1966, par analogie de structure : myristicine plus amine donnerait la MMDA, élémicine la TMA, safrole la MDA. Le seul résultat positif est Braun et Kalbhen 1973, sur foie de rat isolé perfusé, détection par chromatographie sur couche mince, jamais répliqué, et cet article n'a pas pu être lu. La seule donnée in vivo qui ait cherché ces dérivés va dans l'autre sens : en 2006, en GC-MS, on ne les a retrouvés ni dans l'urine de rat ni dans l'urine humaine. Une seconde étude, en 2021, en LC-HRMS, redécrit le métabolisme sans jamais mentionner les amphétamines, et rien n'indique qu'elles y aient été cherchées : elle ne pèse ni dans un sens ni dans l'autre. Deux réserves d'échelle à garder : ces deux travaux sortent du même institut, et l'échantillon humain total est de quatre personnes. C'est assez pour écrire que la thèse n'est pas soutenue, pas pour écrire qu'elle est réfutée, et elle continue d'être énoncée comme un fait dans des rapports de cas publiés en 2024. Et si la MMDA n'est pas formée, la comparaison de puissance avec la mescaline qui traîne dans tous les textes perd son premier maillon.

La myristicine n'est pas un IMAO établi. Toute la réputation remonte à un article de 1963 qui n'a pas pu être lu, sans aucune valeur publiée, jamais répliqué sur cette molécule. Les revues de 2014 à 2026 reprennent faible ou modérée sans jamais donner de chiffre. Mais la piste n'est pas vide non plus : la macélignane a une mesure moderne, sur la MAO-B. Or l'isoforme qui compte pour le risque sérotoninergique est la MAO-A, et pour elle il n'existe rien. La muscade n'est donc pas à ranger avec la rue de Syrie et l'AMT, qui sont les deux inhibiteurs de monoamine oxydase établis de ce lot.

Dose : il n'y a pas de fenêtre, et le gramme n'est pas une unité fiable

La teneur en myristicine de la graine varie de 0,25 % à 3,28 % selon les échantillons mesurés, soit un facteur supérieur à dix. Deux personnes qui avalent 10 g de deux pots différents peuvent ingérer 25 mg ou 330 mg. Sur la poudre commerciale, l'intervalle mesuré est plus resserré, 1,14 % à 2,54 %, ce qui reste un facteur deux. Le macis, qui est l'arille du même fruit et se vend sous un autre nom dans la même cuisine, est deux à trois fois plus concentré : 2,59 % à 7,55 % en poudre.

Les seules données publiées croisant dose et sévérité viennent de la série suisse, 18 cas documentés : patients asymptomatiques, médiane 10 g, étendue 5 à 15 g ; symptômes mineurs, médiane 18,25 g, étendue 10 à 132 g ; symptômes modérés, médiane 22,5 g, étendue 15 à 50 g. Les intervalles se recouvrent complètement. Quelqu'un est resté asymptomatique à 15 g, quelqu'un n'a eu que des symptômes mineurs à 132 g, et des symptômes modérés apparaissent dès 15 g. Il n'y a pas deux paliers, il y a un nuage. Ailleurs, une revue donne dans le même article un seuil d'intoxication à 1 à 2 mg de myristicine par kilo et un seuil d'effet psychopharmacologique à 6 à 7 mg par kilo, facteur trois à sept entre les deux, le second étant introduit comme une conjecture. Et attention à l'erreur qui circule : 5 g de muscade ne contiennent pas 1 à 2 mg de myristicine mais 57 à 127 mg. C'est l'unité par kilogramme de poids corporel qui saute dans les reprises.

Délai, durée, tolérance

Le début se situe le plus souvent entre une et six heures, avec un mode autour de trois heures. Le gros de l'épisode dure de 24 à 48 heures, avec une traînée décrite jusqu'à 72 heures. Une source isolée mentionne une semaine ou plus, sans étai. Précision de méthode qui vaut d'être écrite : les sept intervalles publiés ne sont pas sept témoignages indépendants, la plupart étant énoncés en introduction ou en discussion d'articles qui citent la littérature antérieure. Les seules observations de première main sont les cas eux-mêmes : repas à 18 h et bouche sèche à 21 h dans un cas, tachycardie et mydriase à H+4 puis somnolence à H+14 et résolution à H+26 dans un autre.

La série suisse rapporte des demi-vies de 19 h pour la myristicine, 17 h pour le safrole et 8,5 h pour l'élémicine. Ce serait la première explication mécanique simple du délai long et de la traînée, mais la source primaire de ces valeurs n'a pas pu être retrouvée : à traiter comme non vérifié.

Tolérance, tolérance croisée, dépendance : aucune donnée, quelle qu'elle soit. On ne sait pas.

Ce que ça fait, et ce que ça ne fait pas

Les hallucinations sont minoritaires. Dans la série suisse, elles n'apparaissent que dans la catégorie des symptômes modérés, 27 % des cas documentés ; le patient qui a avalé 75 g d'un coup nie toute hallucination à H+4. Quand elles surviennent, elles sont décrites à prédominance visuelle, avec distorsion des couleurs, dans une phase d'excitation suivie de somnolence et de délire. La présentation modale est autre : nausée et vomissements, tachycardie, vertige, bouche sèche intense, somnolence, confusion, parfois ataxie, nystagmus, vision double. Le trait le plus reproductible d'une source à l'autre n'est pas une vision, c'est le sentiment de mort imminente et la dysphorie. Ce n'est pas une substance dont les sources cliniques décrivent le plaisir.

Réduction des risques

Ranger la muscade et le macis hors de portée des enfants. C'est le point le plus rentable de cette fiche. Le seul décès pédiatrique connu est un garçon de huit ans après deux graines, en 1908. Une fillette de six ans est arrivée à l'hôpital avec un score de Glasgow à 8 après six morceaux de macis, avec hypertonie et rigidité en roue dentée, réversibles en trois heures et demie. Dans la série de l'Illinois, dix des dix-sept expositions accidentelles concernaient des moins de treize ans, dont quatre expositions oculaires. La même quantité absolue qui fait une dose récréative chez un adulte a tué un enfant.

Le délai long est le piège numéro un. Trois heures en moyenne avant que quoi que ce soit arrive. Le scénario prévisible est le redosage à H+2 ou H+3 parce qu'il ne se passe rien, sur un matériau qu'on ne peut pas titrer et dont la teneur varie d'un facteur dix. Précision d'honnêteté : ce scénario n'est documenté par aucune source, c'est un raisonnement, gardé parce qu'il ne coûte rien à qui le lit.

Prévoir 24 à 48 heures, pas une soirée. Pas de conduite, pas de travail, pas de garde d'enfant, pas de machine, le lendemain compris.

Ne pas boire des litres d'eau d'un coup. La bouche sèche est intense et trompeuse. Une patiente a bu plus d'un litre en trente minutes et s'est retrouvée avec une natrémie à 128 mEq/L et une kaliémie à 3,1. C'est littéralement la seule complication métabolique documentée de cette substance, et elle est entièrement évitable en buvant par petites gorgées.

Les sédatifs sont la combinaison la mieux étayée, et c'est la seule associée à un décès. Femme de 55 ans, myristicine 4 µg/mL en sérum post mortem et flunitrazépam 0,072 µg/mL ; les auteurs écrivent que le décès était probablement dû à l'effet toxique combiné des deux. Dans la série de l'Illinois, cinq des quinze expositions volontaires étaient des polyintoxications, toutes chez des quinze à vingt ans, l'une ayant nécessité 24 h de ventilation, avec des coingérés qui comprenaient benzodiazépines, diphénhydramine et sirop antitussif. Réserve de traçabilité à porter : ce détail vient d'un texte intégral qui n'a pas pu être revérifié, le résumé ne confirmant que les cinq polyintoxications et le patient ventilé. À l'intérieur de ce lot de quatorze substances, les sédatifs sont le DXM, la diphénhydramine et le protoxyde d'azote, et l'alcool figure dans plusieurs cas publiés de muscade, dont celui qui a convulsé. Ne pas associer.

⚠️ Le motif de cette consigne est la sédation, pas une additivité anticholinergique. L'idée que muscade et diphénhydramine s'additionneraient sur les récepteurs muscariniques n'a pas de support : aucune donnée de liaison muscarinique n'existe pour la muscade, et un de ses composés agit en sens inverse sur la cholinestérase. Ne pas construire cet argument.

Les vomissements sont la règle, et vomir sous sédatif est la chaîne létale la mieux établie du lot. Elle est mécaniquement documentée ailleurs dans ce corpus : le seul décès publié au DPT est une inhalation du contenu gastrique, chez une personne déjà inconsciente. Contre cette chaîne, la muscade ne laisse rien à administrer, et ce qui protège est quelqu'un qui reste sobre à côté et qui sait tourner un corps sur le flanc. Sur une substance dont l'épisode se compte en dizaines d'heures et se termine en somnolence, cette garde se tient en nuits, pas en minutes.

Seuil convulsif. Des crises humaines sont documentées : crises tonico-cloniques généralisées après intoxication volontaire sévère avec éthanol, un état de mal épileptique, une crise sur trente-deux cas dans la série de l'Illinois. Ne pas associer à ce qui abaisse le seuil, tramadol, bupropion, certains antipsychotiques, sevrage d'alcool ou de benzodiazépines. Antécédent d'épilepsie : contre-indication de bon sens. Dix des quatorze substances de ce corpus portent un signal convulsif, et la muscade est de celles dont l'appui est le plus dur, des crises humaines comptées avec leur dénominateur et non un signal animal ou une mention clinique sans effectif : la consigne ci-dessus n'est donc pas une prudence de classe empruntée aux voisines, elle sort de ses propres cas. Elle hérite en revanche de la conséquence commune aux dix, qui est qu'associer la muscade à une autre porteuse revient très souvent à additionner deux abaissements du seuil.

Sérotoninergiques : on déconseille, et il faut dire pourquoi et avec quelle force. Ce qui existe est un faisceau expérimental chez le rongeur, quatre observations qui convergent : augmentation de la 5-HT cérébrale rapportée en 1963 dans un article non lu, effet de l'extrait bloqué par un inhibiteur de la synthèse de sérotonine, bloqué aussi par un antagoniste 5-HT2 et par un antagoniste 5-HT3, et l'IC50 MAO-B de la macélignane. Ce qui manque manque vraiment : aucun cas humain de syndrome sérotoninergique à la muscade n'a jamais été publié, et le seul point de donnée humain va dans l'autre sens, un adulte sous fluoxétine 20 mg deux fois par jour ayant avalé 75 g avec une évolution bénigne, résolue en 26 heures, sans syndrome sérotoninergique. n égale un, mais c'est une observation directe contre une inférence. Position : déconseiller l'association avec IMAO, moclobémide, linézolide, bleu de méthylène, ISRS, IRSN, tramadol, triptans et millepertuis, sur la base d'un faisceau animal, sans écrire que le syndrome sérotoninergique est établi. Et ne pas ranger la muscade au même rang que la rue de Syrie ou l'AMT : leur inhibition de la MAO est mesurée, la sienne ne l'est pas.

Cytochromes : une hypothèse in vitro de magnitude inconnue. La myristicine est un inhibiteur mécanistique du CYP1A2. Aucune valeur de puissance n'est publiée, ni IC50 absolu, ni Ki, ni kinact, et le décalage de 3,21 fois qui circule est un rapport entre deux mesures qui signe un mécanisme, pas une force. On ne peut donc pas dire si une dose de muscade atteint une concentration inhibitrice chez un humain, et il n'existe pas davantage d'étude d'interaction muscade contre médicament. La liste des substrats sensibles du CYP1A2 se garde par prudence, clozapine, olanzapine, théophylline, tizanidine, duloxétine, caféine, mélatonine, ropinirole, avec cette étiquette et pas au rang d'une vraie interaction. À l'intérieur de ce lot, elle ne touche rien : aucune des treize autres substances n'est un substrat majeur du CYP1A2.

Cannabis. Coingestion très fréquente dans les cas publiés, et un des motifs de recours documentés est la recherche d'un substitut. Rien de toxique en propre au-delà de l'additivité sur la sédation, la tachycardie et l'anxiété. L'inhibition in vitro de la FAAH par des lignanes de la graine rend une potentialisation concevable, elle n'est pas démontrée.

Aux urgences, personne ne sera identifié. Aucun test de routine ne détecte la myristicine, et le problème est transversal à ce corpus : un dépistage négatif n'exclut rien, et un dépistage positif peut être faux, la diphénhydramine figurant parmi les médicaments qui produisent des faux positifs à la phencyclidine. Dire ce qui a été pris et garder le pot change matériellement la prise en charge.

Signes qui imposent un recours médical : crise convulsive, baisse de vigilance ou difficulté à réveiller la personne, tachycardie avec instabilité ou douleur thoracique, détresse ou dépression respiratoire, agitation non maîtrisable, ingestion massive d'eau en réaction à la bouche sèche.

Prise en charge. Symptomatique, il n'existe pas d'antidote. Benzodiazépines pour l'agitation. Le charbon activé et l'induction de vomissement sont qualifiés de discutés par la société savante d'urgence qui a écrit sur le sujet : ne pas les présenter comme une conduite recommandée. Deux recommandations anciennes ne doivent pas être reprises d'un monographe de l'OMS qui date : la chlorpromazine, qui abaisse le seuil convulsif, et le sirop d'ipéca. La physostigmine, mentionnée pour les comas anticholinergiques centraux sévères, est explicitement controversée et n'a rien à faire dans une fiche destinée au public. Dans la série suisse, 24 % des patients documentés étaient asymptomatiques et 48 % n'ont eu que des symptômes mineurs : beaucoup de cas ne demandent rien.

Létalité, avec son dénominateur. Deux morts dans toute la littérature, un enfant et une association avec un sédatif, contre 416 expositions documentées sans un décès. Une revue de 2026 formule la borne ainsi : aucune évolution mortelle n'a été décrite chez l'adulte pour une prise unique de moins de 80 g sans coingestion d'une autre substance en surdose. Ce n'est pas une garantie, c'est l'état d'un compte.

Grossesse. Des adduits myristicine-ADN se forment chez le fœtus de souris après exposition maternelle, alors que les études prénatales n'ont montré aucune malformation chez trois espèces. L'usage abortif traditionnel est rapporté sans compte rendu clinique confirmé. Déconseiller par prudence, sans reprendre l'affirmation tératogène qui traîne dans les monographes anciens.

Foie et usage répété. Le calcul ne rassure pas : une prise de 15 à 30 g apporte 171 à 762 mg de myristicine, soit 2,4 à 10,9 mg par kilo pour 70 kg, c'est-à-dire le niveau de la plus petite dose quotidienne qui produit des lésions hépatiques chez le rongeur. Mais ce chiffre rongeur est un gavage de treize semaines, et le comparer à une prise unique sans mise à l'échelle ne vaut ni pour rassurer ni pour alarmer : on ignore si un épisode aigu isolé est une dose hépatotoxique chez l'humain. Pour l'usage répété, une évaluation du risque cancérogène trouve des marges d'exposition sous le seuil de gestion pour des compléments à base de muscade pris selon leurs recommandations d'usage, acceptables seulement si l'exposition reste limitée à une ou deux semaines. Le safrole, cancérogène hépatique établi, est présent dans la graine à 0,27 à 0,39 %.

Enfin, ne pas transposer le cadre des tryptamines. La muscade est une affaire de phénylpropanoïdes et d'alcénylbenzènes. Aucun des pièges des dossiers DMT ne s'applique ici.

Sources