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Concept · théorie
Déréalisation
Mécanismes derrière l’altération du sens de réalité
État où le monde extérieur paraît irréel, lointain ou onirique tandis que l’épreuve de réalité reste préservée. Expliqué par un déséquilibre de précision dans la boucle perceptive bayésienne ; état multifactoriel, non réductible à une seule voie.
Planche La Honda.
Substances concernées
Notes La Honda
- · 2026-06-06
- · 2026-04-20
- · 2026-03-31
- · 2026-02-27
La déréalisation est un état dans lequel le monde extérieur paraît irréel, lointain, plat, artificiel ou onirique, tandis que l'épreuve de réalité reste généralement préservée. C'est une altération du sens de réalité, et non un mécanisme unique.
Mécanismes neurobiologiques
La déréalisation n'a pas un mécanisme unique. Les modèles convergent vers une perturbation de l'intégration entre régions sensorielles, régions limbiques et cortex préfrontal. Plusieurs pistes sont évoquées : stress et trauma, hyperactivité préfrontale, mêlée à une inhibition limbique profonde ; la dissociation et l'antagonisme NMDA, soit une rupture de l'intégration perceptive ; le cannabis et la modulation CB1, du gating sensoriel et du ressenti de présence ; l'HPPD ou post-psychédélique, persistance d'anomalies du traitement sensoriel (mécanisme inconnu). La planche précise qu'il s'agit d'un état multifactoriel, non réductible à une seule voie pharmacologique.
Boucle perceptive bayésienne
Dans le cadre prédictif, la déréalisation correspond à un déséquilibre de précision. Le monde perçu perd sa densité de réalité quand le modèle interne n'est plus ajusté de façon fluide, par les prédictions descendantes (priors, top-down), aux données sensorielles ascendantes (bottom-up). Deux modes sont distingués : un mode appauvri ou rigide, où la perception arrive mais sans le poids du réel (signaux atténués) ; un mode contemplatif ou vacuité, où la supposition prédictive crée un détachement, l'inférence reste mais sans adhésion ni croyance. La déréalisation n'est pas un autre monde, mais le réel sous un autre filtre : c'est souvent le monde lui-même qui est ressenti comme distant et inhabité.
Cartographie modale de la déréalisation
La planche distingue plusieurs régimes. Le mode transitoire (stress, fatigue, déshydratation, surcharge) : épisode bref, dissociation spontanée. Le mode induit ou modulé : psychédéliques, cannabis, dissociatifs, état modifié, mode sensible étrange, l'onirique au flou éloigné. Le mode chronique ou pathologique : trouble de dépersonnalisation et déréalisation du HPPD ou autre, persistance, souffrance et déclinaison possible. Le mode ontologique ou vacuité : mode aperçu vidé de la présence, à la frontière des phénoménologies méditatives, voire à contemplation au mystique (état contemplation ou vacuité). La planche souligne qu'une même structure phénoménologique (insight contemplatif) peut être vécue comme pharmacologique ou symptôme clinique.
Phénoménologie
Les conséquences fonctionnelles décrites : le monde paraît irréel, brumeux, lointain ou comme en décor ; sensation de barrière, de vitre ou de séparation d'avec l'environnement ; perte du relief émotionnel et impression d'un monde moins vivant ; altération du temps (ralentissement, étrangeté, suspension) ; présence diminuée, difficulté d'ancrage au présent ; épreuve de réalité habituellement préservée, le sujet sait que quelque chose cloche. La planche donne des exemples d'expériences à yeux ouverts : le monde ressemble à un décor ou un film vu de loin ; les personnes et objets semblent lointains, une vitre ou un brouillard ; impression d'être derrière une vitre ; le temps paraît ralenti, figé ou irréel ; tout semble vide, sans texture émotionnelle ; sensation d'être dans un rêve, sans être réellement ailleurs.
Réduction des risques
La planche distingue durée et statut clinique. La durée est variable : épisode transitoire (minutes à heures) ; après-substance (heures à jours) ; après mauvaise expérience persistance possible ; formes chroniques (jours, mois, années). Le statut clinique se gradue : état passager, état modifié induit, ou trouble de dépersonnalisation et déréalisation. Les recommandations : épisode bref tel repos, hydratation, ancrage corporel ; sous substance, ne pas lutter, attendre la fin de l'effet, présence rassurante utile ; persistance ou récurrence, consultation médicale ou psychologique recommandée ; urgence si crise détresse, idées suicidaires, confusion sévère ou symptômes psychotiques. La déréalisation est un état souvent transitoire et le plus souvent bénin, mais un trouble avéré reste traitable.
Sources
- Sierra, Simeon, Medford, travaux sur la dépersonnalisation et la déréalisation.
- Littérature sur la dissociation et l'antagonisme NMDA (kétamine et états dissociatifs).
- Travaux sur le cannabis, la signalisation CB1 et le gating sensoriel.
- Recherche sur le HPPD et les anomalies persistantes du traitement perceptif.
- Cadre du codage prédictif et de la précision en perception (Seth, Friston, sur l'inférence et le sens de présence).